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Comme un malaise social

4 Mai 2015, 19:38pm

Publié par Baida

Comme un malaise social

Comment peut-on être à l’aise au milieu des autres alors que le malaise commence déjà à l'intérieur de soi ?

Se sentir étouffer dans une relation toxique, avoir le vague à l'âme, le sentiment de se consumer de l'intérieur. Chaque jour, entreprendre un programme de réhabilitation de son être en vue d'assumer les fonctions les plus élémentaires. Ne plus avoir le courage d'être soi jusqu'à devenir un spectateur absent, affublé d'une persona.

Se noyer dans sa solitude. Penser à l’âme sœur qui nous attend quelque part et, tout en se mentant, prétendre qu'on ne la désire pas. Songer à des caresses voluptueuses quand vient la nuit et chasser d'un "revers synaptique" ces idées trop accaparantes au petit matin. La main droite vient saisir la main gauche, la réconforte pour combler un manque.
Créer son paradis artificiel dans sa tête. L’illusion du bien être où seul le corps vient jouer le trouble-fête, réclamant son dû. Comment peut-on faire l’amour avec soi-même sans perdre la tête?

Etre un code barre qui pleure la disparition de son identité, oubliée dans le troc de son corps contre la sécurité matérielle. Puis, sous la pression sociale, choisir d'épouser le premier venu pour assurer sa descendance.

Ne pas pouvoir laisser s’exprimer sa sensibilité sous peine de voir sa virilité remise en question. Devoir entreprendre une carrière pour coller au stéréotype de réussite sociale, engrainé dans une course aux richesses où l'on oublie le principal. Devenir l'affiche publicitaire des marques dans le seul but de quémander un peu de reconnaissance sociale, au sein d'une société qui prône l'individualisme.

Comment peut-on retourner à sa prime nature1 sous l'empire de l'hypocrisie sociale, avec en prime pour seul langage le mensonge et pour principal moteur, le pouvoir? Plus personne à qui se fier. A peine côtoyés, nous contractons les travers de nos congénères. Et déjà, la tête à l’envers, nous oublions notre essence.

Nous souhaitons le changement. Pourtant, tels des moutons de Panurge, nous restons prostrés là et las en continuant le chemin imposé, pensant être en marge parce que nous cultivons un lopin de terre au coeur de la ville.
Mais aurions-nous le courage de tout plaquer, abandonner le matériel et recommencer et de voir détruit l’ouvrage de toute une vie et sans "maudire" se mettre à rebâtir ? Serions-nous alors des Hommes mon père ?

Avoir peur de l'échec jusqu'à en être submergé. Avoir pour seule compagnie les antidépresseurs. Ne plus vouloir assumer un emploi où l'on est conditionné à être une étiquette de rentabilité. S’évader des villes, apostasier la société, le système et ses lois absurdes. Rejoindre les aurores boréales, les paysages lointains. Naviguer en eaux claires sans le moindre hourvari quand bien même l'humanité est mal en point. Vouloir retourner à la terre, ne faire plus qu’un avec elle. L’avaler, s’en engorger, prendre sa couleur ocre, tailler les roches, devenir tempête, déraciner les arbres, recouvrir et caresser les corps, les accompagner dans leur trépas.

Voir le monde rester sourd et indifférent aux massacres collectifs, en gardant malgré tout foi en l'Homme. Se consoler en rendant un humble mais insuffisant hommage à la mémoire des martyres de Najran, de Chios, des irakiens de l'opération Anfal, des japonnais de Sankō Sakusen, des assyriens de Simele, des kurdes de Dersim, des algériens de Sétif, Guelma et Kherrata, des palestiniens de Sabra et Chatila, des arméniens, des rwandais ou encore des musulmans de Birmanie, qui sont les témoins à jamais de la bêtise humaine.


"Il n'y aura pas de paix durable sans justice sociale" Franklin Roosevelt.


En définitive, les seuls choix qui s'imposent sont la solitude et l'isolement. La solitude.. Il y a celle qui nourrit et celle qui aliène, qu'elle soit voulue ou imposée, la capacité de s'y adapter dépend de la façon dont nous l'abordons, dont nous la comblons.


Qui comprend l'humanité recherche la Solitude. Ali ibn Abi Talib (que Dieu l'agrée).


Etre "bien en solitude" finalement c'est "naître" plus seul, mais rencontrer cet autre qu'est nous-même. La "hijra2", avec pour seule destination le tréfonds de notre âme, demeure un voyage interne. Le plus grand qui soit, qui survient en temps voulu. Apprendre à se retrouver, se découvrir et enfin se connaître. La solitude permet, à un certain moment, de prendre conscience de l'altérité et de se transcender, accédant à la part de divinité qui est en nous, ce souffle divin qui nous habite tous. "Voulue", elle est avant tout un acte d'une conscience éclairée. Par ailleurs, les plus belles des créations naissent souvent de la sublimation.


"Qui se connaît soi-même connait son Seigneur "


Celle qui aliène, n'est autre que de l'isolement. Celui-ci nous pousse à vivre dans l'ennui et l'attente de l'autre, lesté d'un lourd sentiment de déréliction. Il nous renvoi à l'angoisse de l'abandon ou celle de la mort, nous pousse aux extravagances les plus abjectes. Certains vendraient leur âme au diable plutôt que de devoir se retrouver seuls avec eux-mêmes. "Subi", il amène à développer des névroses. Alors le symptôme apparaît. Un cri veut s'évader, pousse à l’orée de la bouche, en écarte les lèvres qui le retiennent prisonnier. Il ne veut pas s’étouffer. Il se débat pour s’en aller se balancer longuement sur un uncaria tomentosa au grès des vents et attendre de s’éteindre dans une dernière offrande, sans avoir pu exprimer son malaise pesant. Il a trouvé un chemin qui s'est offert à lui, celui de la folie.


De Paris à Bangkok, en passant par Tripoli, l'Homme est malade. Il souffre parce qu'il reste prisonnier de lui-même. Il néglige son âme au détriment du culte de l'apparence. Dans sa course folle, sans secours divin, bourré de psychotropes, il s'illusionne d'une guérison magique, qui en fait est comparable à un capiteux parfum qui dissimulerait de mauvaises odeurs. Mais le malaise est bien là, caché derrière l'hypocrisie sociale. L'Homme, tel qu'il est devenu en quittant les traditions a signé son testament. L'individualisme qui le caractérise lui fait nier la supra-conscience dont il dépend entièrement, qui seule, pourrait le faire revenir à sa fitra et donner un sens à son existence. Mais l'Homme suffisant, reste sourd et aveugle, tel un animal. Ibn 'Ata Allah3 disait : ''Il (Dieu) veut te rendre insatisfait de tout pour que rien ne te distraie de Lui''. L'homme est inconsciemment à la recherche permanente de Dieu mais il ignore l'objet de sa quête. Ainsi, Il tombe sous la coupe d'institutions, de gourous, d'addictions en tout genre. Il idolâtre les stars, son époux/se, ses biens et même sa propre personne. Son coeur cherche Dieu en tout mais son âme (al'nafs4) le contredit. Jusqu'où ira-t-il sans guidance ? Prendra-t-il conscience, avant de rejoindre sa tombe, de ce pour quoi il a été crée, de sa totale dépendance vis-à-vis de son Créateur ?

Natacha

Notes :

1- La prime nature ou fitra est un terme qui fait référence à la nature originelle de l'être humain selon l'islam. La fitra serait ''L’attitude naturelle par laquelle nous irions vers Dieu ''. En d'autres termes, il y aurait quelque chose en nous qui nous attirerait vers Le transcendant.

2- La hijra (ou hégire) désigne l'émigration, dans la religion musulmane, d'un musulman d'une terre de mécréance (kufr en arabe) vers un pays musulman. Elle fait référence à celle qui eut lieu à la Mecque en 622, date qui marque le début du calendrier musulman. Elle eut lieu de La Mecque à Médine.

Dans le texte il s'agit d'un exil intérieur.

3- Ibn 'Ata Allah est un théologien Ash'arite, un juriste Malikite, et un cheikh soufi de renom. Il naquit à Alexandrie (Égypte) entre 1250 et 1260 et mourut au Caire en1309.

4- Al naf's est le terme arabe qui peut être traduit par ego en français

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