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Problématique religieuse selon Jung dans psychologie et alchimie

24 Août 2016, 06:32am

Publié par Natacha

Problématique religieuse selon Jung dans psychologie et alchimie

Introduction à la problématique religieuse

Le Christ, entendu comme modèle, s’est chargé des péchés du monde. Mais si cet exemple reste tout extérieur, les péchés de l’individu ne peuvent que rester également extérieurs ; ce dernier n’en demeure, par conséquent, que davantage fragmentaire puisqu’une interprétation, aussi superficielle qu’erronée, lui fournit un moyen par trop commode de rejeter littéralement ses propres péchés sur le Christ et d’échapper ainsi à ses responsabilités les plus profondes, ce qui est en contradiction avec l’esprit du christianisme. Si la valeur suprême (le Christ) et la non- valeur suprême (le péché) sont à l’extérieur, l’âme est vide : il lui manque ce qu’il y a de plus élevé et ce qu’il y a de plus bas. L’attitude orientale (en particulier l’attitude indienne) est tout à l’opposé : tout ce qu’il y a de plus élevé et de plus bas est dans le sujet (transcendantal). De ce fait, la signification de l’âtman, du soi, s’accroît par- delà toute limite, alors que chez l’Occidental, au contraire, la valeur du soi tombe au point zéro. C’est de là que provient la sous- estimation de l’âme qui est générale en Occident.

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Une attitude dans laquelle la projection religieuse est exclusive et poussée à l’extrême peut dépouiller l’âme de ses valeurs, de sorte que celle- ci souffre d’inanition, n’est plus en état de se développer et reste embourbée dans un état inconscient. En même temps, elle succombe à l’illusion que la source de tous les maux réside à l’extérieur, de sorte qu’on ne se demande même plus comment et dans quelle mesure on y contribue soi- même. L’âme semble alors tellement insignifiante qu’on a peine à l’estimer capable de mal, encore moins de bien. Mais quand l’âme n’y participe plus, la vie religieuse se fige en superficialité et en formalisme. Qu’on se représente comme on voudra la relation entre Dieu et l’âme, une chose est certaine : l’âme ne peut pas être un « rien que » ; au contraire, elle a la dignité d’une entité à laquelle il est donné d’être consciente d’une relation avec la divinité. Même si ce n’était là que la relation d’une goutte d’eau avec la mer, cette mer elle- même n’existerait pas sans la multitude des gouttes. L’immortalité de l’âme établie par le dogme l’élève au- dessus de la nature passagère et périssable de l’homme corporel et la fait participer à une qualité surnaturelle. Elle surpasse ainsi de beaucoup en signification l’homme conscient et mortel, de sorte qu’il devrait être impossible au chrétien de considérer l’âme comme un « rien que ». L’âme est à Dieu ce que l’œil est au soleil. Comme notre conscience n’englobe pas l’âme, il est ridicule de parler des choses de l’âme sur un ton protecteur ou péjoratif. Le chrétien croyant lui- même ignore les voies secrètes de Dieu et doit s’en remettre à lui quant à savoir s’il va agir sur l’homme de l’extérieur ou de l’intérieur, à travers son âme. Ainsi, le croyant ne saurait contester qu’il y a des somnia a Deo missa (des rêves envoyés par Dieu) et des illuminations de son âme qui ne peuvent être ramenées à aucune cause extérieure. En fait, l’intimité de la relation entre Dieu et l’âme exclut d’emblée toute dépréciation de cette dernière . Ce serait peut- être aller trop loin que de parler d’affinité mais, en tout cas, l’âme doit posséder en elle- même une faculté de relation avec Dieu, c’est- à- dire une correspondance à ou avec l’essence de Dieu, sans laquelle une relation ne pourrait jamais s’établir. En langage psychologique, cette correspondance est l’archétype de l’image de Dieu. Tout archétype est susceptible d’un développement et d’une différenciation infinis. Il peut, par conséquent, être plus ou moins développé. Dans une religion où la forme extérieure prédomine, où tout l’accent est mis sur la figure extérieure (lorsque nous avons affaire, par conséquent, à une projection plus ou moins complète), l’archétype est alors identique aux représentations extérieures mais reste inconscient comme facteur psychique. Quand un contenu inconscient est à ce point remplacé par une image projective, il est coupé de toute participation à la vie de la conscience et de toute influence sur cette dernière. De ce fait, il se trouve largement amputé de sa part de vie, étant empêché d’exercer son influence naturelle sur la formation de la conscience. Qui plus est, il demeure dans sa forme originelle, inchangé, car rien ne change dans l’inconscient. À partir d’un certain point, il présente même une tendance à régresser vers des niveaux plus profonds et plus archaïques. C’est pourquoi il peut fort bien se produire qu’un chrétien croyant à toutes les figures sacrées demeure sous- développé et inchangé au plus profond de son âme, parce qu’il a « tout Dieu dehors » et qu’il ne le rencontre pas dans son âme. Ses motivations décisives, ses intérêts et ses impulsions déterminants ne proviennent en aucune façon de la sphère du christianisme, mais de la psyché inconsciente et sous- développée qui demeure aussi païenne et archaïque que jamais. Non seulement la vie individuelle, mais aussi la somme des vies des individus d’un peuple prouve la vérité de cette affirmation. Les grands événements de notre monde, tels que l’homme les conçoit et les exécute, ne respirent pas l’esprit du christianisme mais bien davantage celui d’un paganisme sans fard. Cela provient d’une constitution psychique demeurée archaïque et qui n’a même pas été effleurée par le christianisme. Comme l’Église le suppose, non sans raison, le fait du semel credidisse (le fait d’avoir cru une fois) laisse certaines traces. Cependant, on ne retrouve rien de ces traces dans le déroulement des événements. La civilisation chrétienne s’est révélée creuse à un degré terrifiant : elle n’est qu’un vernis extérieur ; l’homme intérieur est resté à l’écart et, par conséquent, inchangé. L’état de son âme ne correspond pas à la croyance qu’il professe. Le développement du chrétien en son âme n’est pas allé de pair avec son évolution extérieure. Extérieurement, tout est bien là, en images et en mots, dans l’Église et dans la Bible. Mais tout cela fait défaut au- dedans. À l’intérieur, ce sont les dieux archaïques qui règnent plus que jamais, c’est- à- dire que, du fait du manque de culture de l’âme, ce qui correspond intérieurement à l’image extérieure de Dieu est resté en jachère et, par conséquent, dans le paganisme. L’éducation chrétienne a fait tout ce qui était humainement possible, mais cela n’a pas suffi. Trop peu d’êtres ont vécu l’image divine comme la propriété la plus intime de leur âme. Pour la plupart, les hommes n’ont rencontré le Christ que de l’extérieur et jamais par l’intérieur de leur âme ; c’est pourquoi il règne dans celle- ci le paganisme le plus sombre qui, tantôt avec une évidence indéniable, tantôt sous un déguisement par trop usé, inonde le monde civilisé réputé chrétien.

Avec les méthodes utilisées jusqu’à présent, on n’est pas parvenu à christianiser l’âme au point que les exigences les plus élémentaires de l’éthique chrétienne aient pu exercer quelque influence décisive sur les préoccupations et les démarches principales de l’Européen chrétien. Certes, la mission chrétienne prêche l’Évangile aux païens pauvres et nus ; mais les païens intérieurs qui peuplent l’Europe n’ont encore rien perçu du christianisme. Ce dernier doit forcément recommencer par le commencement s’il veut satisfaire à sa haute tâche éducative. Aussi longtemps que la religion n’est que croyance et forme extérieure, et que la fonction religieuse n’est pas une expérience de l’âme de chacun, rien d’essentiel ne s’est produit. Il reste encore à comprendre que le mysterium magnum (grand mystère) n’est pas seulement une réalité en soi, mais qu’il est aussi et avant tout enraciné dans l’âme humaine. Quand bien même il serait un théologien des plus doctes, celui qui ne sait pas cela par expérience personnelle n’a pas la moindre idée de ce qu’est la religion, et encore moins de ce qu’est l’éducation des hommes.

Mais quand je démontre que l’âme possède naturellement une fonction religieuse, quand je demande que la tâche principale de toute éducation (de l’adulte) soit de faire passer l’archétype de l’image divine, ou ses émanations et ses effets, dans la conscience, ce sont précisément les théologiens qui s’émeuvent et m’accusent de « psychologisme ». Or, si ce n’était pas un fait de notre expérience que les valeurs suprêmes résident dans l’âme (indépendamment de l’ἀντίμιμον πνεῦμα, l’esprit qui contrefait, qui s’y trouve aussi), la psychologie ne m’intéresserait pas le moins du monde car l’âme ne serait alors qu’une misérable fumée. Je sais, cependant, par une expérience cent fois répétée, qu’il n’en est rien, que l’âme recèle, au contraire, la contrepartie de tout ce que le dogme a formulé, et bien davantage encore, ce qui l’habilite justement à être l’œil auquel il est donné de contempler la lumière. Or cela demande d’elle une étendue sans limites et une profondeur insondable. J’ai été accusé de « déification de l’âme » : Ce n’est pas moi, c’est Dieu lui- même qui l’a déifiée ! Ce n’est pas moi qui ai attribué une fonction religieuse à l’âme ; j’ai simplement produit les faits qui prouvent que l’âme est naturaliter religiosa (naturellement religieuse), c’est- à- dire qu’elle possède une fonction religieuse. Cette fonction, je ne l’ai ni inventée ni introduite dans l’âme par un artifice d’interprétation : elle se produit d’elle- même sans y être poussée par quelque opinion ou suggestion que ce soit. Par un égarement rien moins que tragique, ces théologiens ne se rendent pas compte que la question n’est nullement de prouver l’existence de la lumière, mais qu’elle consiste en ce que des aveugles ignorent que leurs yeux pourraient voir quelque chose. Il serait grand temps que l’on réalise qu’il ne sert à rien de faire l’éloge de la lumière et de la prêcher quand personne ne peut la voir. Il serait bien plus nécessaire d’apprendre à l’homme l’art de voir, car il est évident que beaucoup trop d’êtres sont incapables d’établir un quelconque rapport entre les figures sacrées, d’une part, et les contenus de leur propre psyché, d’autre part ; ils ne peuvent voir à quel point les images correspondantes sommeillent dans leur propre inconscient. Afin de faciliter cette vision intérieure, nous devons d’abord dégager le chemin de la faculté de voir. Comment on pourrait réaliser cela sans psychologie, c’est- à- dire sans établir de contact avec la psyché, voilà, je dois l’avouer en toute franchise, qui dépasse ma compréhension !

Psychologie et Alchimie

Jung

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