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Et si on arrêtait d'infantiliser nos enfants !

31 Juillet 2016, 10:08am

Publié par Natacha

Et si on arrêtait d'infantiliser nos enfants !

Et si on arrêtait d'infantiliser nos enfants !
par Jacques Salomé – psychosociologue et écrivain

Qu’ils soient petits ou grands, il semble que cela soit une spécialité de certains parents, de continuer à infantiliser leurs enfants. De les infantiliser, en leur envoyant très souvent des messages contradictoires. De les stimuler, de les encourager tout en leur rappelant leurs incapacités, en les faisant douter de leurs compétences ou de leurs possibles. De les inviter à se comporter correctement, à prendre des décisions, pour qu’ils sachent affronter les labyrinthes de la vie scolaire, les méandres de la vie sociale et en même temps de semer des doutes, sur leur capacité à réussir, à faire face, à trouver par eux mêmes des réponses, à prendre le risque de se confronter à des difficultés, à vouloir qu’ils grandissent et se développent et en même temps freiner pour les empêcher de grandir de l’intérieur !


Combien de fois n’ai je entendu de la part de certaines mères ou pères :
« Il est trop petit pour comprendre ! »
« Il est encore un peu jeune, si je lui parle aujourd’hui, cela risque de le traumatiser »
« Vous croyez qu’on peut lui parler de ses origines, il ne va pas souffrir d’apprendre que je ne suis pas sa génitrice ? »
« Quand même, vous n’allez pas soutenir qu’un enfant de trois ans a la compréhension nécessaire pour que je puisse lui dire que j’ai fait une fausse couche et que le petit frère attendu n’arrivera pas ! Mieux vaut ne pas en parler, il oubliera très vite… »

Je peux imaginer qu’en agissant ainsi, certains parents espèrent garder la “position haute”, celle qui influence, qui contrôle, qui leur permet de continuer à dominer dans les relations qu’ils ont avec leurs enfants.


Mais le plus souvent il faut comprendre que c’est ainsi qu’ils expriment leurs peurs et leurs désirs. Et aussi, avec beaucoup d’ambivalence, qu’ils énoncent à la fois leur volonté que l’enfant grandisse, se sente plus responsable et leurs souhaits secrets de le maintenir, encore un peu, en dépendance, en prétendant qu’il est trop fragile, trop immature, trop enfant et ce faisant de veiller à l’infantiliser pour quelques années encore !


Nos enfants, comme tous les enfants, ont des ressources inouïes pour affronter quelques uns des mystères, des contradictions, des paradoxes, des injustices ou des aberrations de la réalité qui les entoure. Ils peuvent, plus souvent que les adultes peuvent le penser, les entendre, s’y confronter et trouver par eux mêmes des médiations, des contrefeux, des chemins de contournement pour les traverser ou des moyens pour les affronter.


Ainsi la façon dont cet enfant de sept ans, va colorer positivement un souvenir tragique, qui aurait pu être effroyablement menaçant pour lui. « Papa était très en colère contre maman, il disait qu’elle couchait avec tout le monde dans le quartier. Tellement en colère qu’il avait décroché le fusil de la cheminée, mais il a trébuché, il s’est retrouvé sur le derrière et le coup est parti. C’était drôle, en plein dans la photo de grand père qui était dans le couloir, la vitre du cadre a éclaté en mille morceaux et le grand père aussi. Moi j’ai ri de soulagement, parce que cette photo elle me faisait peur, le soir quand je devais passer devant elle, pour aller au lit. Les yeux de Grand-Père me suivaient jusque dans ma chambre ! Et puis c’est pas vrai que maman couchait avec tout le monde, seulement avec Marcel, le coiffeur du coin, lui il était très propre et sentait bon, en plus il était gentil avec moi ».


« Ma fille avait cinq ans quand j’ai perdu mon bébé au septième mois de ma grossesse. Personne n’en a parlé, ni à table ni ailleurs, mais Marie m’a dit un matin : “moi je préfère aller à l’école pour accompagner mon frère, parce qu’il est trop petit pour traverser la rue tout seul, je veux pas qu’il lui arrive un accident…” ».


« Maman elle croit toujours que je ne l’entends pas quand elle discute avec sa copine. L’autre jour elle a dit, en faisant un coup de menton dans ma direction – c’est l’autre que j’ai perdue, c’est pas celle-là et pourtant… – moi je sais que ce "pourtant" çà voulait dire qu’elle aurait préférée que ce soit moi qui meure et pas ma sœur. Moi, je sais que j’aime bien être vivante, c’est important pour moi, car un jour je serais médecin et je soignerais des enfants pour pas qu’ils meurent, pour pas qu’ils fassent de la peine à leur mère ! ».


« A l’école, il y en deux qui sont méchants avec moi, ils cherchent toujours à me bousculer, mais ils ne savent pas, que Marie-Soleil, c’est moi qu’elle aime. Elle m’a juré qu’elle ne l’avait dit à personne d’autre ! Et quand on jure c’est que c’est vrai !»


Ainsi tout à l’intérieur, dans le silence de leurs pensées, dans les tempêtes de leur imaginaire ou dans le fracas étourdissant de leurs jeux, les enfants grandissent, avancent, affrontent l’imprévisible, défient les incertitudes de la vie et absorbent malaises, malentendus et violences, pour continuer à exister.

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